Pourquoi votre corps garde des tensions que vous pensez avoir dépassées
- الهام طاهر

- Apr 4
- 4 min read
Il y a quelque chose de troublant que j’observe souvent.
Des personnes arrivent en séance en me disant :“Je comprends très bien ce qui m’est arrivé. J’ai travaillé dessus. mais je sent que le mal est la.

Leur corps raconte une autre histoire.
Une épaule qui reste tendue.Une respiration qui ne descend pas complètement.Un dos qui ne relâche jamais vraiment.
Comme si, malgré tout le travail mental…le corps, lui, n’avait pas reçu l’information.
Ce décalage est dérangeant.
Parce qu’il remet en question une idée profondément ancrée : comprendre suffit à guérir.
Or, dans la réalité du corps, ce n’est pas aussi simple.
Le corps ne fonctionne pas comme le mental
Le mental analyse.Il met des mots.Il classe, il explique, il rationalise.
Le corps, lui, fonctionne autrement.
Il enregistre des expériences sous forme de réactions.Des réactions nerveuses, musculaires, physiologiques.
Quand une situation est vécue comme stressante,le système nerveux déclenche automatiquement une réponse.
Accélération du rythme cardiaque.Modification de la respiration.Augmentation du tonus musculaire.
C’est ce que l’on appelle la réponse de survie, largement décrite depuis les travaux de Hans Selye.
Jusque-là, tout est parfaitement normal.
Le problème n’est pas la réaction.Le problème, c’est ce qu’il en reste.
Quand l’adaptation devient permanente
Dans un fonctionnement idéal, le corps revient à l’équilibre une fois le stress passé.
Mais parfois, il ne le fait pas.
Non pas parce qu’il “bug”,mais parce qu’il continue à percevoir, à un niveau plus profond,qu’il doit rester vigilant.
Alors il garde une trace.
Pas une mémoire consciente.Mais une manière de réagir.
C’est exactement ce que montrent les recherches sur le rôle de l’amygdale,une structure du cerveau impliquée dans la gestion des émotions et du danger.
L’amygdale ne réfléchit pas.Elle réagit.
Et surtout, elle anticipe.
C’est pour cela qu’une personne peut se sentir “en sécurité” mentalement…tout en ayant un corps qui reste en alerte.
Ce que le corps garde, ce n’est pas l’émotion… mais la réponse
C’est ici que beaucoup de discours deviennent confus.
On dit souvent :“Le corps garde les émotions.”
Ce n’est pas totalement exact.
Le corps ne stocke pas une émotion comme on stocke un objet.
Il garde une organisation interne, une façon de répondre.
Une posture.Une tension.Un schéma musculaire.
Par exemple :
Quelqu’un qui a dû “tenir” pendant longtempspeut développer un corps qui reste en contraction.
Pas par choix.Par adaptation.
Et même lorsque la situation change…le corps, lui, ne change pas immédiatement.
Parce qu’il n’a pas appris autre chose.
Ce que l’on observe en pratique
En séance, ce phénomène devient très concret.
Une personne peut affirmer qu’elle va bien.Mais son corps montre autre chose.
Un muscle qui ne tient pas.Une réaction qui ne correspond pas au discours.
Et c’est là que la kinésiologie devient intéressante.
Parce qu’elle permet de poser une question au corps…et d’observer la réponse.
Sans interprétation.Sans projection.
Juste une lecture.
Et souvent, cette lecture révèle quelque chose de simple :
le corps est resté bloqué dans une ancienne adaptation
Le rôle du système nerveux : protéger, toujours
Il faut comprendre une chose essentielle.
Le système nerveux n’est pas là pour vous rendre heureux.Il est là pour vous maintenir en sécurité.
Si une stratégie a fonctionné dans le passé,il va continuer à l’utiliser.
Même si elle n’est plus adaptée aujourd’hui.
C’est ce que décrit notamment Bessel van der Kolkdans ses travaux sur le trauma et le corps.
Le corps peut continuer à réagir…alors même que le danger n’est plus présent.
Non pas parce qu’il se trompe.Mais parce qu’il n’a pas encore reçu l’information qu’il peut relâcher.
Pourquoi “lâcher prise” ne fonctionne pas toujours
On entend souvent :“Il faut lâcher prise.”
Mais cette injonction pose un problème.
Elle s’adresse au mental…alors que le blocage est souvent corporel.
Tu peux comprendre.Tu peux vouloir relâcher.Tu peux même décider de changer.
Mais si ton système nerveux reste en alerte…le corps ne suit pas.
Et c’est exactement là que beaucoup de personnes se sentent bloquées.
Parce qu’elles ont “tout fait”…mais rien ne change vraiment.
Revenir au corps, pour compléter le travail
Ce que montre l’expérience, c’est qu’il ne suffit pas de comprendre.
Il faut permettre au corps de vivre une nouvelle expérience.
Une expérience où :
il peut relâcher sans danger
il peut répondre différemment
il peut sortir de son ancien schéma
La kinésiologie s’inscrit dans cette logique.
Non pas en imposant un changement,mais en permettant au système de se réorganiser.
Changer de regard : votre corps n’est pas en retard
Il est facile de penser que le corps “résiste”.
Qu’il est en retard.Qu’il ne suit pas.
Mais la réalité est différente.
Le corps est cohérent.
Il fait exactement ce qu’il a appris à faire pour vous protéger.
Et si aujourd’hui il garde des tensions…ce n’est pas un problème.
C’est une information.
Conclusion
Ce que vous ressentez dans votre corps n’est jamais anodin.
Ce n’est pas non plus une erreur.
C’est une trace.Une adaptation.Un langage.
Apprendre à l’écouter, ce n’est pas chercher une explication rapide.
C’est accepter que le corps fonctionne avec sa propre logique.
Une logique plus lente… mais souvent plus juste.
Le corps ne garde pas les émotions elles-mêmes, mais des schémas de réponse neurologiques et musculaires issus d’expériences passées.



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